LE DONJON BOURBONNAIS D' HURIEL par Yves BRUAND

Comme l'a souligné Paul Deschamps, Huriel fut pendant le haut Moyen Age une cité importante du Berry; elle n'entra de fait dans la mouvance bourbonnaise qu'au XIIe siécle (officiellement au XIIIe en 1256 avec l'hom-mage de Roger de Brosse) ; peut-ìtre faut-il voir lá un des éléments qui a favorisé l'implantation d'un donjon influencé par ceux du Val de loire est moins important, allant du simple au double entre Huriel et Beaugency par exemple

. Or ceux-ci remontent á la fin du XIe siécle et au début du Xüe. Qu'on se soit inspiré des donjons ligériens en en réduisant les propor-tions car les seigneurs d'Huriel n'étaient tout de mìme pas des personnages de premier plan ne fait guére de doute et il est logique qu'il y ait en un léger décalage chronologique.

Nous penchons donc pour la fin du premier quart du XIIe siécle ou mìme le second quart de celui-ci, avec deux campagnes trés rapprochées et une derniére surélé-vation un peu plus tardive.

Le projet primitif limitant l'habitation á un seul étage sur cave et cellier aveugles a dù trés vite apparaître insuffisant tant sur le plan logement que sur celui de la défense et du prestige par manque de hauteur.

La construction d'un second étage a certainement suivi dans la foulée, peut-ìtre sans véritable inter-ruption du chantier, bien qu'on puisse noter une évolution avec le passage de l'arc en plein cintre á l'arc en tiers-point entre les deux niveaux, ce qui renforce la datation du second quart du XIIe siécle, relativement tardive pour ce type de donjon.

Il ne peut ìtre question en revanche de descendre beaucoup plus bas dans le temps comme l'a fait M. Pizon (13) qui propose pour les trois campagnes les dates de 1220, 1250 et 1350

.

La solution du donjon roman isolé, sans archéres, aveugle á la base, avec accés á l'étage, était alors depuis longtemps dépassée

.Quant au probléme de la transformation de la vieille tour-forteresse en un ensemble habitable plus confor-table et plus accessible, sa datation n'a fait l'objet que de considérations rapides.

La fin du XVe siécle a été géné-ralement proposée. Nous inclinerions plutôt pour le XVIe siécle: la mouluration trés simple des larges et hautes croisées rectangulaires n'est certes pas décisive mais les cheminées avec leurs colonnes engagées décorant les pié-droits soutenant la hotte n'appartiennent plus au pur vocabulaire gothique; il en va de mìme pour l'encadrement de la nouvelle porte donnant accés sur le front ouest á l'actuelle salle du premier étage, réaménagée dans l'ancien cellier; nous sommes lá en présence d'éléments Renaissance

. Cette campagne d'aménagement est certainement postérieure á l'acquisition de la baronnie d'Huriel par Jacques Hurault de Cheverny en 1514. En réalité ni la famille de Brosse au XVe siécle, ni celle des Hurault au XVIe n'ont résidé á Huriel, les uns et les autres étant au service des armées ou des finances royales, résidant auprés du souverain et possédant d'autres demeures mieux adaptées.

C'est ce qui explique la conservation en l'état jusqu'á une époque tardive du vieux donjon roman et le caractére finalement assez sommaire des transformations effectuées.

En les réalisant les Hurault ont sans doute voulu marquer leur prise de possession de la baronnie et peut-ìtre y loger leur représentant sur place.

Le donjon d' Huriel est un édifice exceptionnel dans le panorama de l'architecture militaire en Bourbonnais au Moyen Age. I1 est en effet le seul témoin important d'un ouvrage du XIe-XIIe siécles dans la province et il se rattache á la série des grands donjons rectangulaires du Val de Loire et de l'ouest de la France. Étudié par Paul Deschamps (1) dans le Congrés de 1938, il a fait depuis l'objet de diverses publications (2) dont l'intérìt scientifique est inégal et dont la plus récente altére gravement la chronologie admise (3). Notre but sera donc avant tout de faire le point de nos connaissances tant sur le plan historique qu'archéologique.qu'il représentai

PLAN DU DONJON AVANT RESTAURATION, RLEVÉ PAR LE CHANOINE JOSEPH CLÉMENT ; ENTRE 1884 ET 1889


Le donjon d'Huriel 1880

Monument Historique

depuis 1885
Ref ::
(Congrés archéologique, Allier> 1938, p. 58)	Il est vrai que la suppression de la toiture lui enlevait une bonne partie de sa signification d'origine.

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(1) Paul Deschamps, [Huriel] Donjon, dans Congrès archéologique de France (Cie session tenue dans l'Allier en 1938, Paris, 1939, p. 56-64). (2) Claude Térrade, Le château d'Huriel, supplément au journal scolaire édité par la Coopérative scolaire de l'École de garçons d'Huriel, 1973, republié en 1980 par la mairie d'Huriel; Raymond Colas, Châteaux en Bourbonnais, Moulins, Ipomée, 1983, p. 245-249; Pierre Pizon, La Toque d'Huriel, Moulins-Yzeure, 1984.
(3) P. Pizon, op. cit., p. 77-82.
(4) Arch. nat., K 20, n° 3. Édition critique par C. Van De Kieft, Étude sur le chartrier et la seigneurie du prieuré de la Chapelle-Aude (xr-XIII` siécles), Amsterdam, 1960, p. 225-227.
(5) Ibid., p. 228-231, 236-237, 246-250, 257-262 (Arch. nat., K 20, n° 57 ; L 840, n° 88; K 20, n° 53 ; L 840, n° 93). (6) Arch. nat., K 20, n° 57 : « monachos... Propre castrum meum hospitatos ». C. Van De Kieft, op. cit., p. 101 et 228-231. (7) Ibid., p. 95-96.
(8) Pour l'historique détaillé des propriétaires successifs on se reportera aux ouvrages cités ci-dessus (cf. note 2).
(9) Les dossiers conservés aux Archives du Patrimoine sous la cote 129 ne contiennent rien avant l'année 1893 mais M. Pizon, 0p. cit., p. 53-54, en s'appuyant sur une documentation locale et les notes du chanoine Clément, vicaire á Huriel de 1884 á 1889, apporte une série de précisions sur les travaux projetés et exécutés.
(10) Darcy avait songé á un escalier léger disposé á l'intérieur mais le conseil municipal rejeta cette solution en 1901 car on songeait alors á superposer la justice de paix, les bureaux de la mairie, la société de musique et une bibliothéque dans les quatre niveaux supérieurs;